12 septembre 2006
Une rentrée scolaire pas comme chez vous
Aujourd'hui encore pas de recette. Je voulais rendre hommage aux instituteurs du fleuve comme on les appelle ici. Plus particulièrement à un jeune couple de nos amis.
E. vient d'être nommé à 3 palétuviers, une commune à 2 heures de pirogue de St Georges de l'Oïapoque.
Il sera instituteur mais aussi directeur puisque seul pour enseigner aux enfants amérindiens parlant pas ou peu le français.
Ils habiteront une case sans électricité sauf celle fournie par le générateur, de l'eau peu potable, pas de téléphone, pas d'internet bien sûr.
J. sa jeune femme m'a lu, non sans inquiètude, la liste des produits à emporter et à acheter sur leurs deniers : groupe électrogène, canne à pêche, fusil et munitions, boites de conserve uniquement, lait en poudre, pharmacie .....
Ils ont vendu la voiture pour acheter une pirogue et son moteur...
J'ai eu des nouvelles samedi, ils sont venus passer le week end à Saint Georges à l'hôtel et elle en a profité pour passer ses coups de fil.tout va bien, le moral est bon.
Je leur ferai part de vos commentaires et encouragements si vous le voulez bien, ça leur fera chaud au coeur.
Voici onc un article paru dans le monde il y a quelques jours, il explique fort bien la situation:
Le jour se lève sur la forêt guyanaise, réveillant un à un ses mille verts. Le brouillard matinal s'estompe doucement, laissant des lambeaux de gaze accrochés aux cimes des arbres. Les premiers chants des oiseaux, les premières stridulations des insectes se mêlent aux premiers appels des hommes de Taluen. Ils sont bientôt couverts par le ronronnement d'un moteur de pirogue. La longue embarcation glisse sur le fleuve et vient s'échouer mollement sur la berge. Sur les flancs bleus de l'esquif sont inscrits deux mots : "transport scolaire."
En descendent une douzaine d'enfants, le torse cuivré, les pieds nus, vêtus du "kalimbé" rouge - le pagne traditionnel des Amérindiens wayanas. Les cahiers dans une main, le repas dans l'autre, les gamins gravissent la pente qui mène à l'école, laissant leur sillage dans la rosée. D'autres pirogues arrivent, de l'amont et de l'aval, et déchargent leur cargaison juvénile.
L'école de Taluen est au centre du village, posée sur une pelouse. L'architecture s'inspire de l'habitat traditionnel. La frontière entre intérieur et extérieur y est imprécise. Les classes sans porte, sans vitre et presque sans mur avalent goulûment le moindre souffle d'air frais. La cour de récréation n'a pour limites que le fleuve aux eaux lourdes d'un côté et la forêt impénétrable de l'autre. En cette fin de saison des pluies, le ciel se déchire régulièrement et libère des cataractes qui s'abattent sur la tôle, rendant la leçon à peine audible.
Les cours sont dispensés le matin. L'après-midi, les gamins troquent le "kalimbé" - imposé par le règlement scolaire - pour un short. Ils entament alors d'interminables matches de football ou se rivent à leur Game Boy.
Taluen et sa voisine Twenke comptent au total 300 habitants, et 88 élèves sont inscrits à l'école primaire. La population est exclusivement wayana. Seul fait exception un "garimpeiro" (chercheur d'or) brésilien qui s'est retiré là. Il raconte le travail harassant dans les campements d'orpaillage tout proches, les passages à tabac, les tortures même. Des hommes sont morts pour avoir voulu dissimuler une pépite, d'autres au contraire pour s'être trop vantés de leur fortune.
L'homme du Mato Grosso se sait à l'abri à Taluen. Les patrons de l'orpaillage ne s'aventurent guère dans les tribus amérindiennes. Ils n'y sont pas bien reçus, accusés de détruire la forêt, de polluer le Maroni avec le mercure et la terre qu'ils tamisent jour et nuit.
"L'eau était plus claire il y a quelques années, aujourd'hui, elle est devenue trouble. Les orpailleurs la salissent et le poisson est toujours plus difficile à trouver", constate Touenke Amaï Petit, 60 ans, "gran man" (chef) des Wayanas, dont la maison avance ses pilotis au ras du courant.
PÉDAGOGIE ET INTENDANCE
Dans le village, vivent aussi quatre instituteurs métropolitains. Trois d'entre eux, Vincent Geffard, 27 ans, le directeur de l'école, Emilie Portal, 27 ans, et Morgane Foret, 25 ans, bavardent sur la véranda, autour d'une bière du Surinam. Ils parlent pédagogie et intendance. Ils discutent d'un projet de bibliothèque et du robinet d'eau potable devant l'école, le seul du village, qui délivre depuis quelques jours un filet turbide. De l'échange scolaire prévu avec les enfants de Loca, en aval, et des cinq litres d'essence, le sang du fleuve, qu'il faudra demander à chaque parent pour affréter la pirogue.
Entre deux hamacs, pend un linge qui ne séchera jamais vraiment par 90 % d'humidité dans l'air. Un réfrigérateur, une chaîne hi-fi ou un ordinateur ne résistent pas plus de trois ans à l'étuve. Pour les hommes, c'est variable. Il y a ceux que le pays revigore et ceux que le palu terrasse, ceux que la gentillesse des Indiens subjugue et ceux que la moisissure du temps rebute, ceux qui se trouvent et ceux qui se perdent. Certains postes peuvent rester vacants plusieurs mois, faute de candidat, et il faut parfois abaisser le niveau requis pour les pourvoir. Mais si beaucoup désertent après quelques années, c'est surtout sous le coup du vertige, saisis par la peur de ne plus être capables de faire demi-tour. "J'ai l'impression qu'ici tu restes cinq ans ou toute la vie", résume Vincent.
Ils évoquent leur présence d'abord comme une aventure personnelle. "Ici, c'est l'exotisme républicain", plaisante Morgane Foret. Ils veulent apprendre autant qu'enseigner. S'éprouver un peu aussi dans cet environnement particulier. Les villages sont isolés, sans télévision ni radio. La dernière gendarmerie est à Maripasoula, à plusieurs heures de pirogue en aval. Des rapides, les "sauts", rendent la navigation périlleuse, surtout à la saison sèche quand les roches affleurent la surface. Fin juin, une pirogue du rectorat, en visite d'inspection, s'est renversée dans les terribles remous de Poligoulou. Ses dix passagers en ont été quittes pour une immense frayeur.
Sur le haut Maroni, le courant électrique est soumis aux aléas du groupe électrogène ou des panneaux solaires. Les cabines de téléphone satellite n'ont pas tenu trois mois sans maintenance. Le courrier peut attendre des semaines, en poste restante, à Maripasoula. Tout voyageur se retrouve très vite facteur, faisant suivre lettres, colis ou messages d'une place à l'autre.
"Les gendarmes passent, les médecins passent, le sous-préfet passe", constate Emilie Portal. Eux, les enseignants, restent. "Nous sommes un peu comme les instituteurs de la IIIe République qui débarquaient dans les campagnes", explique Vincent Geffard.
A Twenke-Taluen, ces hussards débrouillards figurent la France. Avec peut-être le drapeau tricolore qu'un sous-préfet a naguère offert au chef du village et qui pend tristement délavé à sa hampe. Avec, éventuellement, le dispensaire moussu et sous-équipé, aux étagères chargées de bocaux contenant des serpents lovés dans le formol, où un infirmier règle les urgences avec sa maigre pharmacie.
Benoît Hopquin
Article paru dans l'édition du 17.08.06
Commentaires
Alors, on leur souhaite bon courage et on est admiratif devant des gens courageux qui transmettent ainsi le savoirdans des conditions difficiles
Loin des esprits aigris et envieux qu'on rencontre parfois en métropole.Bravo.
L'exotisme republicain, c'est bien dit. Bon courage a E. et J., c'est un beau metier que le leur.
Bonjour !
bon courage à eux. Des amis de mon petit frère sont aussi instit en Guyane, je ne sais pas où exactement mais la situation est la même que celle de tes amis. Il sont à deux heures de pirogue de la route la plus proche pour aller à la ville ! Apparement, ils sont très heureux. Ils ont eu un bébé et tout va bien. Comme il est dit dans l'article, je crois que eux sont partis pour rester toute leur vie ! Le retour à la ville ne semble pas envisageable.
Bon courage à tous les 2, ils ont beaucoup de mérite !
Tes amis sont admirables! Je leur souhaite beaucoup de chance et que tout se passe bien!! Bon courage!
J'ai eu beaucoup de plaisir à lire cet article fort intéressant.
J'espère que tes amis se sentiront bien là-bas et que cette expérience leur apportera beaucoup sur tous les plans! Courage...
Vraiment très intéressant et dépaysant! Merci, ma Brigitounette! :-)
Une bien belle aventure. Je suis certaine qu'ils en tireront une belle expérience !
ce sera surement une belle aventure ;c'est leur choix avec le bien et le moins bien ;mais ne part pas n'importe qui dans ce genre d'expérience et eux font surement parti de ces gens un peu " fous " ,mais tellement passionés !!
Je suis admirative face à leur courage et générosité.
Bonne chance pour eux.
beauté du diable
le paradis et l'enfer mélé
voilà ce qui ressort de cet article passionant!
je comprend qu'on puisse être ensorcelé ou dégouté !!!
Une brassée d'encouragements à ces instituteurs-aventuriés...si seulement on pouvait suivre leurs efforts leurs soucis leurs réussites !!!
E et J bonne chance !!!
Je leur dis bon courage quand on connaît les difficultées d'approvisionnement ,de téléphone et de déplacements......bisou
c'est un très bel article ! Ils vont en rapporter des souvenirs pour la vie entière tes amis!
Tu leur diras...
qu'on les accompagne de tout coeur dans leur formidable projet!!!
Bisous pour eux et pour toi
Tu leur diras...
qu'on les accompagne de tout coeur dans leur formidable projet!!!
Bisous pour eux et pour toi
Celà me semble
si loin de la rentrée scolaire en métropole....incroyable expérience....chapeau....
C'est toujours un plaisir d'avoir de tes nouvelles. Tes amis vont vivre une belle aventure. Bon courage à eux. Je suis sure que ce sera pour eux une expérience enrichissante et inoubliable.
Je suis hyper admirative devant tes amis et leur sohaite bon courage et surment une expérience passionnante. Bravo à eux !
Très courageux tes amis. J'espère qu'ils vont vivre une expérience inoubliable.
Bonne rentrée aux enfants et aux grands !
Il en faut du courage ,et je leur tire mon chapeau tres bas!
Bises
Merci de nous avoir fait connaître cette "face cachée de l'Education Nationale". J'ai vu plusieurs reportages sur la Guyane dans l'été, le plus souvent sur la Gendarmerie et les garimpeiros. Jamais sur les instits ...
Bon courage à ce jeune couple.
C'est vrai que ce serait bien si tu pouvais nous donner des nouvelles de temps en temps.
Beijos
Quelle aventure formidable...
Comme je les envie pour leur courage! Du fond de ma campagne tranquille du sud-ouest, je rêve d'un jour où je serai assez forte pour réussir à prendre le risque, et à aller "me perdre ou me trouver" là où tout sera moins confortable, mais si enrichissant...
Bravo, et bonne rentrée à eux!
Quand on connait les problèmes que rencontrent profs et instits en Zone d'Education Prioritaire,je ne songeais même pas à cet autre cas de figure ! Un grand merci à toi pour cette lecture très intéressante. Voilà des gens passionnés, certes, des aventuriers, sans aucun doute, des gens tournés vers leur prochain et c'est émouvant tellement ça devient rare.
Une mine de culture, cette chronique. Bonne chance à eux, je leur souhaite de faire grand pour ce petit regroupement d'enfants.
C'est un peu comme si cet article répondait à celui qui le précède... c'est un peu comme si cet article disait à l'autre tu vois il n'y a pas que ça ! En tout cas à ceux-là tu peux leur transmettre toute mon amitié et s'ils passent un jour par ici, un jour, ils peuvent venir raconter leur histoire ma table est ouverte pour eux quand ils veulent !
Un grand merci de nous avoir fait partager cette rentrée des classes bien différente de ce que nous connaissons ici,heureusement que des personnes comme eux existent encore dans notre monde d'aujourd'hui. Bon courage et bonne réussite pour leur nouvelle vie.
UN GRAND BRAVO A CES ETRES COURAGEUX ET MERVEILLEUX !! et je pense que les récompenses morales seront à la hauteur des difficultés qu'ils rencontreront. UN BRAVO SINCERE ET ADMIRATIF
Un grand bravo à E. et J.
C'est un très bel article, fort intéressant.
J'avoue avoir souri lorsque la pirogue du rectorat s'est renversée. Je connais un certain inspecteur que j'aurais bien voulu voir dedans !!!
J'espère que tes amis instituteurs du fleuve viendront à l'occasion te raconter leur vie.
ouah je les admire...car ils doivent faire ce qui leur plait! car faut etre des passionnes! chapeau bas!
Tous les jours sur FR3 avant midi, nous avons l'édition d'Outre-Mer, et j'ai vu aujourd'hui les problèmes scolaires en Guyane ! incroyable !
Bon courage à tes jeunes amis.
Je t'embrasse.
Profs
Oui y en a qui ont la Foi avec un grand F! Je les salue et leur souhaite bon courage malgré la prime d'installation tres intéressante qu'on nous propose, beaucoup s'enfuient au bout de quelques mois ou ne veulent meme pas entendre parler de La Guyane ! Trop dure la vie sur le fleuve ! J'en ai connu qui sont retournés déprimés en Guadeloupe; Donc beaucoup be,aucoup de force à ces deux là pour leur année qui sera sans aucun doute une grande expérience humaine !
Le côté "Républicain" de leur "mission" me gêne un peu, ce qui compte là-dedans c'est l'Humain, je crois qu'il faut beaucoup donner pour pouvoir "tenir" et avoir envie de rester et là c'est passionnant. Chapeau!
merci pour ce reportage tres interessant. Tu leur souhaiteras bon courage et bonne chance de ma part!
Dire qu'ils ont dû.....
prendre un fusil.....
Je leur souhaite bon courage à tous les deux et qu'ils restent unis quoiqu'il arrive car une telle vie ne doit vraiment pas être évidente.Je leur tire mon chapeau!!!
Merci
de ce bel hommage , Brigitte, et de ce bel article !
Tu sais , lorsque nous sommes arrivés en Guyane avec ma doudou, on nous avait proposé deux postes sur le fleuve, à Apatou . Nous avons refusé après beaucoup de réflexion, et de crainte aussi. Dans le même temps, deux postes étaient à pourvoir l'un à Kourou et l'autre à Cayenne, nous avons choisi la facilité ...
Chapeau donc à tes amis qui ont ce courage qui nous a un peu manqué !!!
Bizz
E.L.V
Bon courage à tes potes. C'est un autre monde.
Tarzile
génial!
je suis content que tes amis se sentent bien la bas! c'est clair c'est un autre monde, et puis d'ailleur je suis originaire de la guyane et c mon reve d'enseigner dans les villages amérindiens(je suis ossi amerindien), que dois je faire pour y arriver?
merci pour votre réponse,
Daniel DUTANT
bonjour, je recherche mon oncle parti en guyane il y a une vingtaine d'année pour y être instituteur. En tapant ses noom et prénom, je suis tombée sur votre article.
Le connaissez vous? savez vous comment le contacter?
Tres cordialement
Annabel DUTANT
Je connais daniel dutant
Bonjour Annabel voila j'ai 21 ans Daniel je le connai bien un homme admirable qui donne tout ce qu'il a pour conserver le peuple amérindien. Je parle en connaissance de cause ayant été mon beau père je peut te l'assurer. Pour le contacter il y a moyen que je trouve mais ce sera sans doute par lettre si elle arrive ou pas telephone sur un telephone sattelitaire car si cela n'a pas changer il enseigne au fin fond de la brousse guyanaise.
Hommage à cet homme protecteur des racines des amérindiens...
help
bonjour a tous , je cherche a avoir des infos sur daniel dutant instituteur a pilima et marié me semble t il a isabelle charasse-karando; c'est mon parrain ; comment lui ecrire ,ou trouver une adresse pour le contacter? merci d avance de votre aide. simon peux tu me contacter par mail? fabrice.dutant@orange.fr
Recherche de Daniel DUTANT
Bonjour,
Je suis a la recherche de Daniel DUTANT depuis plus de vingt ans. J'ai su qu'il était parti en Guyanne our y être instituteur après avoir fait deux ans à l'IUT d'Amiens avec moi Luc BERTAUT. J'ai de très bons souvenirs de ce gars et aussi de ses parents et de sa soeur Christelle. Je serais heureux qu'il puisse m'envoyer un courriel à l'occasion. Moi j'ai élu domicile en outre-mer également, à la Réunion plus précisément depuis 1977.
Recherche de Daniel Dutant
Je renouvelle ma demande relative à la reherche de Daniel DUTANT en Guyane. Merci de me donner des infos SVP ou de lui faire savoir que je le recherche.
Cordialement
Dutant Daniel
Salut,
Je suis une ex-compagne de Dudu et crois pouvoir t'affirmer qu'il est tjs en Guyane, au dessus d'Antecum Pata, je crois à Pidima. J'espère que cela t'aidera. Sinon, Nancy à Saint Laurent doit savoir. Il partage le terrain avec eux pendant les vacances!Voilà et passe-lui le bonjour de ma part ainsi qu'à Isa et les filles.
coordonnees de daniel
bonjour Luc je suis le filleul de daniel, je m appele fabrice... appelez moi au 06.32.66.88.97 si vous voulez une adresse ou joindre daniel et sa famille




